Toucher, être touché
Voici une belle histoire qui commence bien avant la naissance, vers le quatrième mois intra-utérin.
Le fœtus appréhende son monde en le touchant ; puis arrive la naissance, cette expulsion brutale et sans merci. A partir de ce moment, le bébé va s’agripper, palper, toucher, tout ce qui est à portée de ses mains. Ce toucher lui permet de conquérir le monde, d’affronter le milieu dans lequel il vit et de le faire sien. Il expérimente à longueur de temps. Petit à petit, son toucher sera de plus en plus fin, habile, éveillant, s’associant aux autres sens. Mais il pourra également être frustré, humilié, interdit, exacerbé et ainsi participer à l’élaboration de la « cuirasse musculaire » dont parle W. Reich.
Tout au long de ma pratique thérapeutique, j’ai permis à certains de mes patients de retrouver, parfois de sentir pour la première fois, cette stimulation sensorielle suscitant l’émotion et l’affect.
Ces rencontres m’ont fait grandir en me permettant de me taire. J’ai compris au fil du temps, que cette stimulation était un vecteur privilégié de communication non verbale et émotionnelle, en accord avec le discours et l’histoire du patient. Il permet probablement d’ouvrir un chemin vers la mère, plus régressif que le verbal seul.
Ce toucher, dans une intention juste, c'est-à-dire dans le respect de la relation, va permettre une densité d’attention tranquille qu’est la présence.
Le toucher existe par le non-toucher auquel il est relié, ce qui évite la fusion. Cet acte thérapeutique produit un effet structurant en confrontant le patient à l’alternance de présence/absence, à la séparation des corps, dit P. Prayez dans son ouvrage « Le toucher en psychothérapie ».
« Ici commence le royaume de l’altérité dans lequel on ne pénètre pas » dit joliment Christiane Singer.
Cet échange magique entre êtres n’a pas fini de me questionner, de m’émouvoir et d’animer en moi, la joie de vivre.
Marie-Hélène DUMONT



