C’est un fait, l’art thérapie a lentement pris sa place comme une approche de soin parmi les autres qui participe à la restructuration de la personne humaine.
L’art-thérapie exploite des moyens thérapeutiques qui lui sont propres complémentaires aux autres activités médicales et paramédicales.
Pour ce faire, une nouvelle fonction a pris forme, celle d’art-thérapeute. Devenir art-thérapeute ne s’improvise pas : en effet, l’art-thérapeute est impliqué comme artiste et implique comme thérapeute les patients dans un processus artistique.
Ce qui sous-entend :
- une véritable compétence liée à la capacité d’exploiter différentes techniques artistiques et une compétence thérapeutique générale réelle,
- une réflexion sur la portée thérapeutique de l’art-thérapie et les protocoles qui permettent son efficience.
- un travail sur soi-même ayant pour objet de faire tomber les résistances et de donner accès aux capacités expressives, émotionnelles et relationnelles, ainsi qu’à la conduite de groupe et la connaissance des phénomènes qui s’y instaurent.
Cela pose la question de la formation des art-thérapeutes. Former des intervenants spécialisés en art-thérapie, c’est-à-dire :
- Donner aux personnes ayant une compétence artistique les moyens de mettre cet acquis au service du soin ou de l’assistance de personnes malades, handicapées, souffrant de troubles psychologiques et/ou psychiques ou ayant des retards dans les acquisitions et le développement de leur personnalité.
- donner aux personnes ayant une compétence soignante les moyens de compléter cet acquis par l’approche d’une pratique artistique suffisante pour leur permettre la mise en place d’ateliers d’art-thérapie.
Il convient donc de mettre en place un enseignement couvrant l’ensemble du champ des qualités demandées à un art-thérapeute.
L'enseignement
Les champs à couvrir sont :
- d’ordre de la création et des savoir-faire artistiques,
- d’ordre de la dynamique des groupes
- d’ordre de l’esprit scientifique et de la spécificité de l’art-thérapie comme technique de soin
- d’ordre de la psychothérapie.
Introductions à l'art-thérapie
Transmettre l'art-thérapie n'est pas simple ? Que s'agit-il en effet d'exprimer ? Notre propos est-il d'apprendre les techniques et les tours de main des artisans, ceux du potier ou du sculpteur sur bois ? ou bien est-il de se substituer aux écoles d'art : Beaux-Arts ou Conservatoire National d'Art dramatique ? Ou encore s'agit-il de toute autre chose ?
Pour répondre à cette question qui nous permettra d'orienter notre projet, nous pouvons dire dans un premier temps ce que nous ne visons pas à être, et à partir de ce constat définir nos objectifs. Bien évidemment, nous ne sommes pas une école d'art et pour cause : les patients que vous aurez ne vous demanderont pas de leur apprendre un métier d'art, ni de se perfectionner dans un art. Si tel était leur souhait, ils s'orienteraient vers des études adéquates. Mais ils vous demanderont de les aider à transformer leur mal-être en forces positives et bénéfiques. Or; il nous parait que l'expression créatrice fait partie des moyens qui permettent à l'homme de donner du sens à son existence, voire en est un puissant moteur.
Dès lors la mise à disposition et la pratique des expressions dites artistiques peut contribuer à l'évolution du sujet figé dans son processus de croissance. toutefois, il nous est alors communément objecté : "Comment voulez-vous qu'une personne accède à ses facultés créatrices sans apprendre les techniques qui lui permettront de réaliser des oeuvres ?" En d'autres termes, peut-on dessiner sans connaître les lois de la perspective ?
Deux termes viennent de se présenter: expression créatrice et expression artistique. Nous voyons bien que l'un précède l'autre. En effet, tant que notre expression créatrice demeure endormie ou refoulée, nulle expression artistique ne saurait exister car cette dernière n'est que la manifestation de la première. Nous avons donc avant tout à répondre à la question : qu'est-ce que créer ? Bachelard à cela propose : créer passe par imaginer. Alors qu'est-ce que l'imagination ?
On veut que l'imagination soit la faculté de former des images. Ne serait-elle pas plutôt la faculté de déformer les images fournies par notre perception, la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images. L'imagination créatrice a de toutes autres fonctions que l'imagination reproductrice. Autrement dit, nous pouvons supposer que l'image perçue et l'image créée correspondent à deux instances psychiques très différentes. L'une signe la fonction du réel, l'autre celle de l'irréel. Or, ne nous paraît-il pas qu'un être privé de la fonction de l'irréel est névrosé aussi bien qu'un être privé de la fonction du réel est psychotique ? Notre équilibre précaire ne tient-il pas en la mise en place d'une filiation régulière de l'imaginaire au réel et vice-versa ?
Nous considérons donc l'image comme produit direct de l'imagination et cette dernière comme une puissance majeure de la nature humaine. La faculté de produire des images nous détache du passé et de la réalité enkystée. Elle ouvre sur un avenir. L'imagination créatrice est l'expérience de l'ouverture et de la nouveauté. Imaginer c'est s'élancer vers une vie nouvelle.
De ce fait, certains art-thérapeutes pensent que la production créatrice est thérapeutique en soi. Cela ne nous paraît pas si évident. Nous persistons à penser qu'il existe un rapport ténu entre nos actes et une parole sur leurs mises en actes. C'est cette parole qui permet la reconnaissance et l'intégration de nos pulsions. Autrement dit, une dialectique peut s'instaurer entre l'image, cette expression qui crée de l'être, ses résonances et son retentissement. Ces résonances qui irrigueront les différents plans de notre vie dans une réalité psychologique, et le retentissement qui nous appelle à un approfondissement de notre propre existence dans une réalité psychique.
C'est donc à partir de ces présupposés que nous avons bâti notre programme de formation. Il a une double ambition celle de proposer des approches qui favorisent l'émergence de l'imagination créatrice en une multiplicité d'expressions créatrices primaires qui ne demandent pas l'apprentissage et la longue pratique du métier, et celle de mettre en résonance et en retentissement ces expressions avec les principaux courants de la pensée analytique. Nous espérons dans une telle démarche faire coopérer la fonction du réel dans ses significations avec la fonction de l'irréel qui nous inspire.



